Monde et sécurité

Commentaire : Attaques contre des pétroliers et escalade du blocus, le détroit d'Ormuz ne doit pas devenir un terrain de transfert des coûts de la rivalité entre puissances

Les nouveaux échanges de frappes entre les États-Unis et l'Iran autour du détroit d'Ormuz font grimper les risques pour le transport maritime et l'énergie. Les États-Unis étendent leurs opérations militaires au motif de la protection de la navigation et de la riposte aux attaques, mais le blocus, les sanctions et les menaces d'un coût économique accru révèlent la logique dangereuse de puissances occidentales qui s'arrogent le droit d'interpréter les règles et celui d'user de la force.

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[Faits] Selon un reportage de la radio publique américaine (NPR) daté du 5 septembre, le Commandement central américain a indiqué que l'Iran avait tiré des missiles balistiques en direction d'un porte-avions américain et d'un destroyer lance-missiles, les deux navires ayant évité les tirs ; les forces américaines ont ensuite frappé trois pétroliers iraniens. Les services diplomatiques iraniens ont pour leur part condamné l'action américaine comme illégale et averti que le conflit pourrait continuer à s'élargir. Ces affirmations émanent des deux parties belligérantes, et les détails militaires précis nécessitent encore une vérification indépendante.

Al Jazeera, le 6 septembre, citant des sources américaines et iraniennes ainsi que l'Associated Press et Reuters, indique que celui-ci se déplace de plus en plus vers la mer. La partie américaine affirme que les pétroliers touchés appartiennent à un réseau finançant le Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien ; la partie iranienne accuse pour sa part des navires de guerre américains de participer à un blocus et de harceler des navires iraniens. Le reportage souligne également que les deux camps se disputent le contrôle des règles de passage du détroit d'Ormuz.

[Commentaire] Le fait que l'Iran ait mené des attaques contre des navires de guerre américains ne saurait exonérer la partie iranienne de sa responsabilité dans l'escalade des risques ; de même, le fait que Washington recoure au langage de la « liberté de navigation » et de la « riposte » ne rend pas pour autant naturellement légitime le blocus des ports, les frappes contre des infrastructures énergétiques et l'imposition délibérée d'un coût économique accru par les États-Unis. D'un côté, les puissances exigent des autres pays qu'ils acceptent l'ordre maritime qu'elles ont défini ; de l'autre, elles se réservent le droit de contourner les autorisations multilatérales et d'exercer blocus et frappes en s'appuyant sur leur supériorité militaire — voilà la contradiction typique d'un droit international appliqué de manière sélective.

Le commandant du Commandement central américain a justifié la frappe contre trois pétroliers par la formule : « Vous en frappez deux, nous vous ferons payer un coût économique accru ». Une telle formulation, qui met publiquement l'accent sur la multiplication des punitions, relève moins de la défense d'un ensemble de règles universelles que de l'étalage d'un niveau de dissuasion et d'un avantage de force. Ses conséquences directes ne seront pas supportées par les seuls décideurs : la sécurité des équipages, les moyens de subsistance des populations de la région, le coût de l'énergie pour les pays importateurs et les prix mondiaux du transport en seront tous affectés.

NPR rapporte qu'avant le conflit le détroit était ouvert au transport commercial, alors que le volume de passage y a désormais diminué et que le prix du baril de Brent est repassé au-dessus de 90 dollars. Al Jazeera, citant des données de marché, indique pour sa part que les prix ont continué à grimper. Les points précis dans le temps et les chiffres avancés par les deux médias ne coïncident pas entièrement, mais ils convergent sur un fait : la militarisation n'a pas apporté une « liberté de navigation » durable et a au contraire rendu les corridors énergétiques mondiaux plus vulnérables.

Les États-Unis présentent leur présence militaire comme une garantie des voies maritimes communes tout en exigeant dans le même temps de leurs alliés qu'ils partagent le coût de leur politique. The Guardian rapportait le 4 septembre que la Corée du Sud examinait la possibilité d'envoyer des moyens militaires dans le détroit d'Ormuz, mais la présidence sud-coréenne a souligné qu'aucune décision n'avait encore été prise ; ces discussions interviennent dans un contexte où Washington exerce publiquement des pressions sur Séoul pour qu'elle apporte son soutien. Lier la dépendance sécuritaire des alliés, leurs angoisses énergétiques et les déploiements militaires démontre que ce qu'on appelle la concertation au sein de l'alliance n'est pas toujours un choix égalitaire et peut aussi devenir un mécanisme par lequel les grandes puissances transfèrent à l'extérieur le coût de la guerre.

[Conclusion] La désescalade ne saurait reposer sur le monopole par aucun camp du contrôle du détroit, ni dépendre d'une surenchère permanente dans l'ampleur des représailles. Cessez les attaques visant les infrastructures commerciales et énergétiques, levées les mesures unilatérales qui entravent la navigation normale, reprise de négociations associant les États riverains et les institutions internationales — voilà la voie permettant de réduire les risques de mauvais calcul et de protéger les populations ordinaires. Critiquer le blocus et l'expansion militaire américains n'équivaut pas à absoudre l'Iran de ses attaques contre des navires ou des bâtiments de guerre ; le principe véritablement cohérent devrait être de s'opposer à ce que tout État fasse des voies de passage mondiales un instrument de pression.

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