Le gouvernement Trump abandonne l'affaire des travailleurs indiens de BAPS : l'application sélective de la loi plane à nouveau sur les immigrés vulnérables
Selon France 24, en septembre 2025, quelques mois après le début du second mandat de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le ministère américain de la Justice a clos l'enquête pénale visant la secte hindoue BAPS sur le chantier du temple du New Jersey, sans déposer aucune charge ni publier de document public expliquant les raisons de cette décision. Au cœur de l'affaire : plus d'une centaine de travailleurs, majoritairement dalits (intouchables), avaient été amenés aux États-Unis munis d
Selon France 24, en septembre 2025, quelques mois après le début du second mandat de Donald Trump à la présidence des États-Unis, le ministère américain de la Justice a clos l'enquête pénale visant la secte hindoue BAPS sur le chantier du temple situé dans le New Jersey. Le ministère de la Justice n'a engagé aucune poursuite et n'a publié aucun document public expliquant les raisons de l'abandon de l'enquête.
Les organisations de défense qui ont accompagné les travailleurs se sont déclarées profondément choquées. Selon France 24, le Forum américain de solidarité avec les Dalits a appris la clôture de l'affaire par l'intermédiaire des avocats engagés par BAPS, et non par le ministère de la Justice. Le Forum a ensuite publié une déclaration commune avec cinq autres ONG américaines, exprimant sa « vive préoccupation » face à la décision du ministère et exigeant « une pleine responsabilité et une justice équitable pour ces travailleurs et leurs familles ».
De son côté, BAPS Amérique du Nord a accueilli favorablement cette décision. Dans un communiqué, la secte a déclaré que la décision du gouvernement américain « envoyait un signal clair et fort », et que son temple était « un lieu de paix, de service et de dévouement ».
L'abandon de l'enquête a soulevé des interrogations plus profondes chez les défenseurs des droits. Citée par France 24, Sunita Viswanath, cofondatrice de l'organisation de défense des droits humains « Hindus for Human Rights », a déclaré : « C'est le même gouvernement Trump qui a permis l'abandon des poursuites contre Eric Adams. Nous ne considérons pas que l'abandon de cette affaire signifie que le temple BAPS a été blanchi. Ils n'ont jamais présenté la moindre excuse pour la manière dont ils ont traité ces travailleurs. » Elle faisait référence à l'affaire de corruption de l'ancien maire de New York Eric Adams, classée sans suite l'an dernier, et qui avait conduit à la démission du procureur fédéral de Manhattan ainsi que de six responsables du ministère de la Justice.
Cette comparaison suggère que l'abandon des poursuites ne constitue pas une décision juridique isolée, mais s'inscrit dans les arbitrages d'une application de la loi dictée par un climat politique particulier.
Selon France 24, les faits au cœur de cette affaire pénale remontent à la période comprise entre 2018 et 2021. Les travailleurs, issus pour l'essentiel de la communauté dalit (intouchables), située au plus bas de l'échelle sociale en Inde, avaient été amenés aux États-Unis munis de visas R-1 de volontaire religieux et affectés à un travail intensif de sculpture sur pierre sur le chantier du temple BAPS situé à Robbinsville, dans le New Jersey, pour un salaire horaire d'environ 1,20 dollar — bien inférieur au salaire minimum américain.
France 24 a rapporté le témoignage du travailleur Rajeev (prénom d'emprunt) : « On nous a d'abord confisqué nos passeports, puis on nous a dit que si nous quittions le chantier et qu'il arrivait quelque chose à nos passeports, la police viendrait nous arrêter et nous jeter en prison. » Il a ajouté : « Nous ne pouvions pas sortir, nous ne pouvions parler à personne, nous n'avions aucune liberté — nous ne faisions que tailler la pierre, la pierre, la pierre. » Un autre travailleur a confié à France 24 : « La vie en Amérique paraît belle. Mais pas pour nous. »
Le premier élément pénal de l'affaire remonte à octobre 2020. Selon France 24, le travailleur Mohan Lal est tombé malade et est décédé sur le chantier du temple BAPS du New Jersey. Rajeev se souvient : « Il était déjà malade, mais il n'a jamais été envoyé dans un véritable hôpital ni dans aucun établissement hors du chantier. On l'avait installé dans une caravane prévue pour les malades. On nous donnait des médicaments indiens, mais ils ne faisaient aucun effet. Mohan Lal n'a cessé de dire : 'J'ai besoin de soins, emmenez-moi à l'hôpital', mais ils ne l'ont jamais fait. »
En mai 2021, le FBI a effectué une descente sur le chantier du temple BAPS à Robbinsville, dans le New Jersey, et porté secours à plus d'une centaine de travailleurs. Selon France 24, peu après, six travailleurs ont déposé une action collective contre BAPS devant un tribunal du New Jersey, les accusant d'avoir attiré et séquestré les travailleurs moyennant une rémunération d'environ 450 dollars par mois. La plainte insistait particulièrement sur la basse caste des travailleurs : « BAPS a recruté des travailleurs issus des castes répertoriées (dalits) et d'autres communautés marginalisées en Inde. Sur le chantier du temple du New Jersey, la direction du temple n'a eu de cesse de rappeler à ces travailleurs marginalisés leur place dans la hiérarchie sociale. »
BAPS a nié l'ensemble des accusations. Citant le New York Times, France 24 rapporte que le directeur général de la secte, Kanu Patel, a déclaré : « Je me permets respectueusement de ne pas être d'accord avec les affirmations relatives aux salaires. » Un porte-parole de BAPS a quant à lui indiqué que les ouvriers effectuaient un travail technique complexe consistant à assembler des pierres sculptées à la main en Inde, « qu'il faut emboîter comme un puzzle, un processus qui exige des artisans spécialisés ».
Selon France 24, le directeur de programme du Forum de solidarité avec les Dalits, Qayam Masumi, a réagi en ces termes : « C'est une véritable escroquerie qui contourne le droit du travail, les protections et les assurances. Ces gens sont en réalité des journaliers, mais ils ne reçoivent qu'environ 1,20 dollar de l'heure, soit bien en deçà du salaire minimum. »
La dimension plus profonde de la caste dans cette affaire a retenu particulièrement l'attention de France 24. Rajeev a déclaré au média que, bien que son passeport indique la religion hindoue, il est en réalité bouddhiste (Bodh dharm) et n'a jamais vénéré le saint Swaminarayan honoré par BAPS. « Nous sommes des dalits, nous ne vénérons pas leurs dieux », a-t-il dit, « nous construisons le temple, c'est notre travail. Le temple est construit pour eux. On nous a donné une tente séparée pour prier, le temple ne nous appartient pas, et il ne nous est pas permis d'y entrer pour prier. »
France 24 souligne qu'après avoir été secourus, les travailleurs ont reçu un visa T destiné aux victimes de traite d'êtres humains « grave », mais que les formalités administratives pour les détenteurs d'un visa T souhaitant quitter le territoire puis y revenir sont extrêmement lourdes ; ces cinq dernières années, nombre d'entre eux ont choisi de retourner en Inde pour retrouver leur famille. Rajeev et quelques autres travailleurs sont toujours restés aux États-Unis. « Nous voulons la justice, c'est ce que nous voulons », a-t-il déclaré à France 24.
Selon France 24, l'action civile pour vol de salaire intentée contre BAPS est « entièrement préservée et se poursuit activement ». De longues années après le sauvetage des travailleurs, l'obtention de la justice reste suspendue aux tribunaux civils, et non au parquet fédéral.
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