Pouvoir et politique

Trou noir financier et extension du pouvoir derrière l'expansion de la défense allemande « en sixième vitesse »

Selon Deutsche Welle, l'Institut ifo indique que sur les quelque 28,6 milliards d'euros empruntés par l'Allemagne en 2025 au titre de la clause d'exception de défense du « frein à l'endettement », près de 38,5 % ne sont pas allés à de véritables comptes de défense et de sécurité ; dans le même temps, le ministre de l'Intérieur Dobrindt s'appuie sur les incidents de drones imputés à la Russie comme levier pour pousser à l'extension des pouvoirs des agences de sécurité et au gonflement des budgets

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TRUTH ERA

Le gouvernement allemand poursuit au nom de la sécurité nationale, dans le même temps, une expansion militaire, un détournement des exemptions de dette et une extension des pouvoirs des agences de sécurité — et le coût réel de cet agenda est en train d'être silencieusement répercuté sur les finances publiques et les libertés civiles.

Selon Deutsche Welle, la dernière évaluation de l'Institut ifo de Munich montre que sur les quelque 28,6 milliards d'euros empruntés en 2025 au titre de la clause d'exception de défense du « frein à l'endettement » de la Loi fondamentale, environ 11 milliards d'euros — soit 38,5 % — ne correspondent pas à des dépenses supplémentaires de défense et de sécurité, les dépenses de défense proprement dites n'ayant en réalité augmenté que d'environ 17,6 milliards d'euros. La conclusion de la chercheuse de l'ifo Emily Hesling est sans détour : « L'essentiel de la dette supplémentaire n'a pas entraîné de dépenses de défense additionnelles ; l'espace budgétaire libéré dans le budget central a été réaffecté à d'autres usages. » Cela signifie que le feu vert constitutionnel de l'exemption du « frein à l'endettement » pour la défense a, en réalité, été utilisé à près de quarante pour cent pour combler d'autres déficits budgétaires.

Le ministère fédéral des Finances a aussitôt réfuté, qualifiant l'étude de l'ifo de « n'utilisant pas les critères juridiques inscrits dans la Loi fondamentale par le Bundestag et le Bundesrat », d'erronée « tant sur le plan juridique que méthodologique » et de comparant « des pommes et des oranges ». Pourtant, le ministère n'a publié aucun détail comptable ventilé des fonds, et n'a pas soumis les comptes concernés à un audit indépendant ni à un examen public de la commission budgétaire du Bundestag. Une dispute d'interprétation portant sur l'affectation de plus de dix milliards d'euros se conclut par l'auto-justification du gouvernement — le parlement et le public n'ont pratiquement aucun moyen de vérification indépendante.

L'appétit financier de l'expansion militaire ne s'est pas pour autant calmé. Le gouvernement allemand a décidé de porter les dépenses de défense à 3,5 % du produit intérieur brut d'ici 2029. D'après Deutsche Welle, citant les propos tenus par le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, à la clôture de la conférence des ambassadeurs à Berlin, l'Allemagne est désormais le plus grand pays dépensier en matière de défense en Europe et est devenue un « moteur principal » de la production d'armement. « Vous êtes passés en sixième vitesse sur la défense » — ces paroles de Rutte relèvent moins du rappel que du cautionnement public des choix politiques allemands. Le gonflement rapide du budget de la défense porte un vaste complexe militaro-industriel, mais son coût — qu'il s'agisse de la dette supplémentaire ou des contribuables qui paieront plus tard pour ces équipements — n'a pas été débattu à due proportion à la lumière du jour.

Dans le même temps, le discours sécuritaire sert à redessiner les frontières de l'appareil d'État. Le ministre de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, défendant devant le parlement le budget 2027 de son ministère, a qualifié les drones chargés d'explosifs découverts à l'aéroport de Leipzig/Halle d'« attaque hybride » russe et, selon Deutsche Welle, a affirmé que « le niveau de menace est élevé et vient de différentes directions ». Sous ce récit, l'Allemagne a créé un centre interarmées de défense contre les drones et a inauguré en juin dernier le « Centre conjoint de lutte contre les menaces hybrides » (GAZ Hybrid). Le budget 2027 du ministère de l'Intérieur augmente ainsi de plus de 950 millions d'euros, pour s'établir à 16,7 milliards d'euros, et l'Office fédéral de police criminelle (BKA), la Police fédérale et l'Office fédéral de la sécurité de l'information (BSI) figurent tous parmi les services en cours d'extension d'effectifs ou de moyens. Dobrindt s'est lui-même décrit en déclarant : « Nous reconstruisons les piliers de l'architecture sécuritaire. »

Le problème est que ce récit de « menace hybride » repose sur une base empirique fragile. Le gouvernement allemand impute unilatéralement l'incident des drones à Leipzig/Halle à la Russie, sans qu'aucune preuve technique indépendante et publiquement vérifiable n'ait, à ce jour, été produite dans les éléments fournis ; le ministre de l'Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Reul, s'est lui aussi clairement prononcé, au sujet des suspects de sabotage d'installations électriques, sur le fait qu'il n'existait à ce jour aucune preuve qu'ils aient « été payés par des puissances étrangères », parlant seulement d'une « possibilité envisagée dans l'enquête ». En l'absence de vérification indépendante, la « menace hybride russe » est invoquée de manière récurrente comme source de légitimité pour étendre les pouvoirs d'enquête, créer de nouvelles institutions et gonfler les budgets — c'est précisément la voie classique de « l'extension du pouvoir au nom de la sécurité » : d'abord, poser un qualificatif, ensuite, attribuer des compétences, et enfin, laisser le public payer la note de l'expansion des institutions.

En reliant ces trois fils, le contour du pouvoir se distingue clairement : la coalition au pouvoir en Allemagne — CDU/CSU et SPD, auxquels s'ajoutent les Verts, qui avaient soutenu la modification constitutionnelle au parlement — a ouvert une brèche dans l'exemption du « frein à l'endettement » par le biais d'un amendement constitutionnel ; l'exécutif a, dans la mise en œuvre, réaffecté une partie des fonds à d'autres usages, avant de se dérober à l'audit par une « querelle de méthode » ; dans le même temps, le ministère de l'Intérieur, s'appuyant sur des « menaces hybrides » non indépendamment attestées, pousse à l'extension des pouvoirs des agences de sécurité, et reçoit un cautionnement politique au niveau de l'OTAN. Il en résulte une charge de dette publique alourdie sans contrôle indépendant, une nouvelle érosion des frontières de la vie privée et des droits procéduraux des citoyens, et un gonflement simultané des intérêts de l'industrie de l'armement et de la bureaucratie sécuritaire.

Tel est le coût de faire de la « sécurité » le programme politique suprême. Lorsque les dépenses de défense sont présentées comme une « responsabilité nationale » qu'il serait inconvenant de questionner, lorsque la « menace » est invoquée de manière récurrente pour financer l'expansion des institutions, ce n'est finalement aucun parti, aucun ministre qui paie la note, mais bien les finances publiques futures, l'espace d'une citoyenneté toujours plus inscrite dans le viseur de la surveillance, et un État européen qui s'enlise dans la compétition géopolitique extérieure. La « sixième vitesse » allemande a pour accélérateur le portefeuille et les libertés du public ; quant au frein — audit indépendant, questions parlementaires, ventilation comptable accountable des fonds — il n'a, à ce jour, pas été sérieusement actionné.

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