Une sanction tardive : le Royaume-Uni, le Canada et la France sanctionnent les colonies israéliennes, Israël ferme le consulat britannique à Jérusalem-Est
Trois pays agissent enfin contre le commerce avec les colonies, longtemps jugé illégal par le droit international, mais les sanctions ne portent que sur les produits agricoles, n'impliquent que trois pays, et Israël riposte rapidement, révélant le coût de décennies d'apaisement occidental sur la question israélo-palestinienne.
Après des décennies de tolérance, voire de complaisance, face à l'expansion des colonies en Cisjordanie, le Royaume-Uni, le Canada et la France ont enfin imposé des sanctions commerciales à Israël. Selon NPR, le ministre britannique des Affaires étrangères a qualifié les colons de Cisjordanie de « terroristes des colonies », les accusant de mener sur place un « nettoyage ethnique », et a annoncé l'interdiction d'importer des produits issus des colonies. Le Canada et la France ont emboîté le pas, prenant chacun leurs propres mesures de sanction.
C'est la première fois que des alliés occidentaux majeurs prennent des mesures commerciales à caractère punitif à l'encontre d'Israël sur la question des colonies. Leur ampleur et leur calendrier reflètent l'héritage d'un long apaisement : la construction de colonies est considérée comme illégale par le droit international depuis 1967, et il a fallu attendre 2026 pour qu'une interdiction soit imposée par ces trois pays. NPR, citant des données de l'ONU, indique que depuis le 7 octobre 2023, plus de 3 000 attaques de colons ont eu lieu en Cisjordanie, et que cette année seule, au moins 79 Palestiniens ont été tués par des colons et l'armée israélienne.
La réponse d'Israël a été prompte et ferme. D'après NPR, le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar a qualifié la prise de position britannique de « mensonge éhonté », de « distorsion morale » et à caractère antisémite. Dans une déclaration publique, il a déclaré : « Au gouvernement travailliste, et à chaque gouvernement au monde qui croit pouvoir contraindre Israël à agir contre les intérêts de notre sécurité nationale — vous n'avez aucune chance de réussir. » Israël a immédiatement annoncé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem-Est, qui assurait principalement les affaires palestiniennes, et inscrit une liste de diplomates britanniques sur une liste d'expulsion.
La réaction palestinienne mêle un accueil prudent à une suspicion profondément ancrée. Le président de l'Autorité palestinienne a publié une déclaration saluant les sanctions. Dans le village de Douma, en Cisjordanie — un village durement touché par la violence des colons — le chef du village, Souleiman Daouabcha, a déclaré par l'intermédiaire d'un traducteur à NPR que ces décisions « nous concernent et revêtent une grande importance pour les Palestiniens de Cisjordanie ». Mais il a en même temps exprimé des doutes sur un véritable changement de la part du gouvernement israélien, estimant que « le gouvernement ne respecte pas le droit international ». Depuis le 7 octobre 2023, plusieurs habitants de Douma ont été tués par des colons, et des véhicules et des maisons y ont été incendiés.
L'efficacité économique réelle des sanctions est actuellement assez limitée. Selon NPR, l'économiste de l'Université de Tel-Aviv Eran Yashiv souligne que les exportations agricoles israéliennes vers le Royaume-Uni sont de très faible ampleur. « S'il s'agissait d'une action de sanction de grande envergure et étendue — ce qui n'est pas le cas actuellement — alors elle aurait un impact substantiel, contrairement à ce qui est mis en œuvre aujourd'hui », a déclaré Eran Yashiv à NPR. L'entrée en vigueur officielle des sanctions prendra encore plusieurs mois.
Les perspectives politiques sont tout aussi incertaines. Israël doit tenir des élections fin octobre, mais selon NPR, aucun des principaux candidats n'a inscrit l'expansion des colonies ni la solution à deux États dans son programme électoral. Dès que le nouveau gouvernement sera en place, les sanctions risquent d'être mises en suspens. L'analyse d'Eran Yashiv met en lumière l'enjeu central : la question de savoir si le Royaume-Uni, le Canada et la France auront la volonté politique d'élargir les sanctions à l'ensemble de l'Union européenne — le principal partenaire commercial d'Israël — déterminera si ces mesures constituent un véritable tournant politique ou un nouveau geste tardif et limité.
La riposte d'Israël consistant à fermer le consulat britannique à Jérusalem-Est révèle tout particulièrement le coût réel de cette partie. Ce consulat assume depuis des décennies une fonction centrale dans les relations britanniques avec les Palestiniens et constitue l'un des principaux canaux par lesquels les Palestiniens accèdent aux services consulaires et aux visas britanniques. Cette fermeture transfère de fait le coût politique des sanctions à la société civile palestinienne — précisément la conséquence structurelle que l'Occident a cherché à éviter depuis des décennies sous couvert de « médiation neutre ».
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