Pouvoir et politique

Avant les élections de mi-mandat, le ministère de la Justice poursuit 28 titulaires de carte verte et demande à la Californie de suspendre le comptage de certains bulletins

Selon NPR, à environ deux semaines du scrutin, le ministère de la Justice a poursuivi en Californie 28 titulaires de carte verte pour enregistrement illégal comme électeurs ou vote, et demandé de mettre à part des bulletins envoyés par des électeurs que le gouvernement fédéral juge « très probablement des non-citoyens ». Le rapport ne dit pas si le tribunal a approuvé la demande. Le ministère a aussi poursuivi l’État et le comté de Los Angeles, après le refus d’enquêter de responsables locaux.

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Selon NPR, à environ deux semaines du scrutin de mi-mandat aux États-Unis, le ministère de la Justice a poursuivi en Californie 28 titulaires de carte verte. Il les accuse de s’être illegalement enregistrés comme électeurs ou d’avoir voté lors d’une élection aux États-Unis, et a présenté une demande d’urgence pour que la Californie mette à part un lot de bulletins expédiés par des électeurs que le gouvernement fédéral décrit comme « très probablement des non-citoyens » et diffère leur comptage.

La Californie avait auparavant demandé au gouvernement fédéral d’expliquer les fondements de cette qualification, mais n’a pas encore reçu de réponse. Le rapport ne précise pas non plus si le tribunal a approuvé la demande, ni sur quels fondements la liste fédérale a été établie, combien de personnes elle concerne ou quelle est la portée des preuves.

Plus directement que les poursuites pénales, une autre demande d’urgence concerne le processus de comptage. Le ministère demande à la Californie de ne pas traiter les bulletins expédiés par des électeurs figurant sur une liste que le gouvernement fédéral décrit comme « très probablement des non-citoyens », et défend l’idée de les mettre à part et d’en différer le comptage jusqu’à la fin de l’enquête. La Californie avait demandé au gouvernement fédéral d’expliquer les fondements de cette appréciation, mais n’a pas encore reçu de réponse. Le rapport de NPR ne précise pas si le tribunal a approuvé la demande ou si le comptage de certains bulletins a été suspendu. Il s’agit d’une demande soumise au tribunal, et non d’une ordonnance de suspension déjà prononcée par celui-ci.

Le ministère de la Justice a aussi poursuivi, la semaine dernière, l’État de Californie et le comté de Los Angeles, au motif que des responsables locaux refusaient d’enquêter sur les accusations de vote par des non-citoyens formulées par le gouvernement fédéral. Selon NPR, cette action marque une nette escalade du conflit entre l’administration Trump et la Californie autour du système électoral à l’approche des élections de mi-mandat. Le conflit est ainsi passé des poursuites pénales visant des individus à la question de savoir si les autorités de l’État et des collectivités locales doivent enquêter sur les accusations fédérales, et si la liste fédérale suffit à modifier le traitement des bulletins. L’intervention des services fédéraux d’application de la loi dans les procédures électorales de l’État soulève ainsi une vive controverse sur les compétences et l’autorité.

Selon Miles Parks, spécialiste du droit électoral, compte tenu de nombreuses tentatives précédentes du ministère de la Justice de modifier les procédures électorales au niveau des États, du peu de temps restant avant le scrutin et du fait que les bulletins ont déjà été expédiés, les chances pour le ministère d’obtenir une modification du processus de traitement des bulletins étaient faibles. NPR a également relayé les inquiétudes d’autres experts : les services fédéraux d’application de la loi pourraient, s’appuyant sur les accusations formulées dans cette affaire, retenir des bulletins pendant le comptage ; de nombreux responsables électoraux locaux ont déjà demandé aux procureurs de comté de se préparer à agir.

NPR n’a pas expliqué si les 28 personnes poursuivies figurent également sur la liste fédérale d’électeurs. Le rapport cite aussi des recherches selon lesquelles de nombreux résidents permanents en situation régulière se sont enregistrés comme électeurs en raison d’une mauvaise compréhension des règles ; cela ne permet toutefois pas d’établir si chacun des accusés a commis un acte illicite ou s’il a agi intentionnellement. NPR n’a pas non plus divulgué les fondements de l’établissement de la liste fédérale, le nombre de personnes concernées ni l’étendue des éléments de preuve. Les accusations pénales individuelles doivent être étayées par des faits précis et vérifiables, tandis que la demande d’urgence au niveau de l’État peut, à partir d’une seule liste, modifier en bloc le traitement des bulletins ; ces deux démarches ne peuvent être confondues.

Aucun élément disponible n’indique pour l’instant que le tribunal ait accepté la demande d’urgence, et rien ne montre qu’un lot de bulletins ait été retenu. Or les bulletins ont déjà été expédiés et il ne reste qu’environ deux semaines avant le scrutin. Si les autorités locales isolent, suspendent ou retiennent des bulletins en fonction de la liste avant la fin des vérifications, toute erreur dans cette liste pourrait imposer un retard et des coûts à des électeurs ignorant leur inclusion sur cette liste. Les doutes exprimés par les experts cités par NPR sur les chances de succès du ministère de la Justice illustrent l’enjeu central de cette escalade : les services fédéraux d’application de la loi peuvent-ils, au nom d’une enquête sur des infractions électorales, pousser les organismes électoraux des États à modifier le traitement des bulletins alors que les preuves et les procédures restent incomplètes ? La controverse ne porte donc plus uniquement sur la question de savoir si les 28 accusés ont commis un crime, mais aussi sur celle de savoir qui a le pouvoir de fixer le seuil des enquêtes et de décider du traitement des bulletins.

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