L'Europe envisage d'investir 10 milliards d'euros pour s'affranchir de sa dépendance spatiale envers les États-Unis ; les entreprises américaines absentes du Sommet de Paris
L'Agence spatiale européenne appelle à investir quelque 10 milliards d'euros sur dix ans afin de bâtir une capacité spatiale indépendante ; le président français Emmanuel Macron pousse à réduire la dépendance de l'Europe vis-à-vis des technologies et services américains. Cependant, SpaceX et Blue Origin se seraient absentées du Sommet spatial de Paris après en avoir été dissuadées par la Maison Blanche, mettant en lumière des fractures stratégiques et une asymétrie de pouvoir au sein du camp occ
Le président français Emmanuel Macron et le directeur général de l'Agence spatiale européenne, Josef Aschbacher, ont appelé lors du Sommet spatial de Paris à un investissement spatial européen accru et à une réduction de la dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis. Selon l'Agence France-Presse, Aschbacher a soulevé lors de la réunion de mercredi la question du « passager ou conducteur », appelant à investir quelque 10 milliards d'euros (environ 11,6 milliards de dollars) sur les dix prochaines années afin de bâtir une capacité spatiale européenne indépendante.
Macron a écrit sur le réseau social X : « L'Europe est en train de prendre son destin en main, y compris dans le domaine spatial. » Il a souligné la nécessité de « bâtir une Europe forte, indépendante même dans l'espace », grâce à l'innovation et à l'investissement.
Pourtant, ce sommet de deux jours, réunissant quelque 120 représentants gouvernementaux, astronautes et chefs de file industriels, a été marqué dès le départ par l'absence collective des géants commerciaux américains. Le gouvernement français a révélé que SpaceX et Blue Origin avaient tous deux annulé leur participation. Selon Politico, la Maison Blanche aurait dissuadé les entreprises spatiales américaines de s'y rendre, afin que leur déplacement ne soit pas « perçu comme un soutien aux politiques de l'Union européenne ».
Mais le problème plus profond réside dans le fait que les prestataires commerciaux américains de services spatiaux se politisent de plus en plus dans les conflits. Selon France 24, après le déclenchement de la guerre en Iran cette année, les sociétés américaines d'imagerie satellite Planet Labs et Vantor auraient commencé à refuser de fournir des images des zones de conflit au Moyen-Orient, officiellement pour empêcher que des adversaires ne s'en servent pour attaquer les États-Unis et leurs alliés.
La réponse européenne consiste à construire une constellation de satellites « souveraine » baptisée Iris2, destinée à concurrencer Starlink et à fournir des communications sécurisées aux citoyens des 27 pays membres. Mais selon France 24, ce système ne devrait pas être pleinement opérationnel avant 2030. D'ici là, l'Europe devra continuer à dépendre de prestataires privés américains.
Cette vulnérabilité s'était déjà manifestée en 2022. Selon des rapports cités par France 24, Elon Musk avait alors refusé que Starlink soit utilisé pour soutenir des frappes contre une base navale russe. Le rapport soulignait qu'après le déclenchement du conflit russo-ukrainien à grande échelle, les inquiétudes européennes face à la dépendance à un seul prestataire privé avaient rapidement augmenté.
Sur le plan matériel, les États-Unis conservent une position dominante dans le domaine spatial mondial : la NASA pilote le programme Artemis, qui vise à établir une présence humaine permanente sur la Lune ; les fusées réutilisables de SpaceX ont remodelé l'industrie des lancements commerciaux ; Amazon a lancé en 2025 ses premiers satellites internet, avec un projet de déploiement de plus de 3 200 satellites pour fournir un service haut débit mondial.
Aschbacher a averti : « Dans cette configuration émergente, l'Europe doit, par ses propres capacités, devenir un partenaire indispensable. » Il a souligné que, faute d'investir dans ses propres moyens, l'Europe devrait continuer à acheter à des fournisseurs étrangers les services de transport d'astronautes, ce qui « coûtera environ 5 milliards d'euros sur les dix prochaines années, dont l'essentiel ira à des industries étrangères, et les autorisations de vol échappent au contrôle européen ».
L'alternative consiste à investir dans des capacités restant sur le sol européen, afin de « créer des emplois en Europe, renforcer l'autonomie européenne et disposer d'un meilleur levier dans les négociations internationales ». L'astronaute français Thomas Pesquet a déclaré à l'Agence France-Presse : « Nous sommes en pointe sur le plan technique, nous disposons d'universités, de laboratoires, d'entreprises, d'agences spatiales — nous devons prendre notre destin en main. »
Un responsable de la présidence française a déclaré anonymement à France 24 : « Des tensions et une compétition technologique entre grandes puissances peuvent effectivement exister, notamment entre les États-Unis et la Chine. Nous avons nos propres atouts, mais on voit que les choses s'accélèrent et qu'il faut davantage de moyens financiers. » Les États membres de l'Agence spatiale européenne devraient se prononcer en décembre, lors de la réunion ministérielle, sur l'initiative d'autonomie portée par Aschbacher.
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